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26/09/2018

Saint Paul VI ?

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   Le 14 octobre prochain, le pape François entend canoniser son prédécesseur Paul VI. « Nous aussi, plus que quiconque, nous avons le culte de l'homme », avait proclamé ce dernier pour clôturer Vatican II (le 7 décembre 1965), dans une expression qui synthétisait parfaitement le concile.

   Après avoir entendu ces propos dans la bouche du Vicaire du Christ, on se trouve en droit de se poser quelques questions sur sa sainteté.

   Il y a bien sûr les doutes étayés de l'Abbé Philippe Toulza sur certains épisodes de la vie de Paul VI (ici et ), mais que voulez-vous ? L'Abbé Philippe Toulza est un affreux traditionaliste, membre de la sulfureuse Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Rien d'étonnant donc à ce qu'il ait voulu la peau du pape Montini. Passons.

   Vu sur KTO !

   Tournons-nous plutôt vers une télévision au-dessus de tout soupçon d'intégrisme : KTO. Le 19 octobre 2014, jour même de sa béatification, la chaîne religieuse diffuse un numéro de « La Foi prise au mot » consacré au pape du concile. Régis Burnet y reçoit deux invités : Christophe Henning, journaliste pour Pèlerin Magazine, et Philippe Chenaux, qui enseigne l'histoire de l’Église moderne et contemporaine à l'Université Pontificale du Latran, « l'université du pape », comme le précise le présentateur dès la première minute. Cette fois-ci, nous voici donc en bonne compagnie. Ouf !

   Les vingt-quatre premières minutes de l'émission se déroulent sans incident notable, lorsque tout à coup, pendant quelques instants, l'échange prend des allures proprement surréalistes :

   Philippe Chenaux : [Paul VI] a une très grande influence sur Pie XII dans ces années (à la fin de la guerre, au début des années 50)…
   Régis Burnet : Et puis… ?
   Philippe Chenaux : … ce qui déplaît à certains au sein de la Curie. Il y a quand même un parti (on l'appelle comme ça : le Parti Romain, il Partito Romano), qui est très hostile à Montini, et qui cherche l'occasion de sa disgrâce, de l'éloigner de la Curie, et finalement…
   Régis Burnet : Alors, voilà : qu'est-ce qui se passe en 54 ?
   Philippe Chenaux : Bon, les archives ne sont pas ouvertes sur cette période. Il y a toute une série d'hypothèses qui ont été émises, qu'on peut discuter, aucune n'est absolument convaincante. Il semble que, je crois, ce qui est plus ou moins sûr, c'est qu'à un moment donné, il a perdu la confiance de Pie XII. Il a perdu la confiance de Pie XII…
   Régis Burnet : Et on ne sait pas pourquoi ?
   Philippe Chenaux : On ne sait pas pourquoi. Et donc Pie XII a pris la décision de l'éloigner de la Curie…

   Arrêtons-nous un instant et relisons calmement ce qui précède. En moins d'une minute, l'air de rien quoiqu'un tantinet gêné aux entournures, l'historien de « l'Université du pape » délivre deux informations ahurissantes :

   1) En 1954, Jean-Baptiste Montini perd la confiance de Pie XII, au point que ce dernier l'éloigne du Vatican.

   2) On ne sait pas pour quelle raison, parce que les archives du Saint-Siège sur cette période ne sont pas ouvertes !

   Lu aux Éditions du Cerf !

En mai 2015, Philippe Chenaux publie aux prestigieuses Éditions du Cerf un ouvrage de 432 pages : Paul VI. Le Souverain éclairé. Avec un tel titre, pas de danger que l'auteur du livre se révèle hostile au pape du concile ! Penchons-nous donc sur cette étude. Dès les premières pages, on y apprend que l'historien a eu accès au dossier du procès de béatification (appelé Positio) :

   "Le postulateur de la cause de béatification de Paul VI, le père Antonio Marasso, a aimablement accepté de mettre à ma disposition les cinq gros volumes de la Positio, avec les dépositions de plus de deux cents témoins." (source)

   Mais n'espérez pas pour autant apprendre la raison pour laquelle Pie XII a éloigné le futur Paul VI du Vatican. Sur ce point, Philippe Chenaux avoue son ignorance :

   "À l'automne 1954, à la suite d'une série d'épisodes encore peu clairs pour l'historien faute d'un accès direct aux archives vaticanes et alors que s'ouvrait une nouvelle phase de la politique italienne et européenne, les tenants du "parti romain", depuis toujours hostiles à sa personne et à son action, finirent par obtenir son départ de la Curie." (source)

   Bien sûr, Philippe Chenaux ne se fait pas faute d'insister sur l'opposition rencontrée par Jean-Baptiste Montini à la Curie : de toute évidence, on a fait de lui des rapports défavorables qui lui ont nui dans l'esprit de Pie XII. La situation n'est pas sans rappeler le récent document de Mgr Carlo Maria Viganò contre le Pape François, dont certains médias nous répètent à l'envi qu'il a été dicté par une véritable rancœur à l'égard du pape argentin. Mais dans l'un et l'autre cas, on oublie le fond du problème, qu'une brève question peut pourtant résumer : ces rapports sont-ils vrais ? Et dans le cas de Montini, ajoutons la question suivante : que contenaient ces rapports ? Sur la cause décisive de l'éloignement du futur Paul VI par Pie XII, Philippe Chenaux s'en tient à des conjectures. Attendu que l'universitaire a eu entre les mains les pièces du procès de béatification, une telle ignorance n'est pas faite pour rassurer les fidèles…

   Les « Observations complémentaires » de Monsignor Mazzotta

   Un article de Stefania Falasca, publié le 12 mai 2014 sur le site du journal italien Avvenire, nous en apprend un peu plus sur la procédure de béatification du pape Montini. La fin de ce texte révèle notamment la présence d' « Observations complémentaires » (aussi appelées Questiones selectae), étudiées sous la direction de Monsignor Mazzotta. Ces dernières traitent des « objections avancées par des témoins, ou relatives aux moments problématiques de la vie du Serviteur de Dieu ». Et parmi ces moments problématiques est justement mentionnée la « nomination à l'archevêché de Milan » de Montini, autrement dit, son éloignement de la Curie romaine. Donc la question a été abordée par les enquêteurs. Ont-ils pu accéder aux archives vaticanes de 1954 ? Quelles sont leurs conclusions ?

   Dans un entretien (« Le tre passioni di Paolo VI ») avec Andrea Acali publié le 18 mai 2018 sur le site InTerris.it, Monsignor Guido Mazzotta, rapporteur de la cause de Paul VI, s'étend un peu plus sur les raisons de l'exil milanais :

   "Que s'est-il passé ? Il faut garder présents à l'esprit la dynamique des dernières années de la guerre, la situation italienne et l'organisation de l'apostolat. Montini venait de la FUCI, que l'on peut définir comme un environnement plus « libéral », de l'autre côté il y avait Gedda, ce qu'on appelait le parti romain, le pentagone du Vatican. On envisageait pour l'Italie d'après-guerre une solution conservatrice de type portugaise, salazarienne, tandis que Montini voulait lier complètement l’Église et le laïcat catholique à la démocratie. Il se trouvait ainsi tout naturellement en position d'interagir avec De Gasperi. Ils ne se rencontraient pas souvent mais ils échangeaient des messages. L'aile droite de la Curie était opposée à De Gasperi (nous parlons des années 44 à 46). Il se trouvait même favorable à une double représentation politique des catholiques, parmi laquelle les catholiques communistes de Franco Rodano, le conseiller de Togliatti. Mais enfin, Pie XII était à l'écoute de Montini. Après la victoire de la DC et de Gedda aux élections de 1948, Pie XII eut de plus en plus peur de voir la municipalité de Rome tomber aux mains des communistes. L'idée était de faire une liste, conduite par Sturzo, et qui aurait compris toute les forces anti-communistes, de la DC au MSI. Et là, on raconte que Montini s'employa à faire échouer le projet. Sturzo se retira le jour où le délai pour se porter candidat expirait et l'affaire tomba à l'eau. Il y avait donc de la tension. C'est sur cet arrière-plan qu'il faut repenser la destination milanaise de Montini. Trois personnalités particulièrement significatives convergent sur un point : le cardinal Siri, affirme l'un de ses biographes, déclara à propos de « l'exil » de Montini qu'il avait entendu parler de motifs politiques, parce qu'il avait rencontré des leaders du communisme international à l'insu du Souverain Pontife. Le cardinal Casaroli, qui se réfère à des bruits entendus à la Secrétairerie d’État, affirme une chose analogue. L'archéologue Margherita Guarducci, fille spirituelle de Montini, dit la même chose. C'est ainsi qu'il m'est venu à l'esprit de vérifier la correspondance avec don De Luca, qui a été publiée. J'ai commencé en juin 54 (Montini fut nommé archevêque de Milan le 3 novembre 1954), et à la mi-août je remarque quelque chose d'étrange. Le cardinal Schuster meurt. Monsignor Montini quitte Rome dans la seconde moitié du mois. De Luca lui écrit : « Quand reviens-tu ? Ici, il y a des choses sérieuses sur le feu. Je dois t'informer. Mais, ajoute-t-il, quoi que tu entendes dire de moi, interroge-moi avant d'agir. » Qu'est-ce que cela signifie ? Il voulait l'informer des bruits sur son « exil » à Milan. Mais il y a aussi l'aspect personnel. J'ai fait lire ce texte à des spécialistes de De Luca, et ils ont tous confirmé mon idée.

   -À savoir ?

   -De Luca a invité Montini à dîner et lui a fait rencontrer Togliatti. Montini, le lendemain, aurait dû en informer le Pape et il ne l'a pas fait. Heureusement, ajouterai-je, parce qu'autrement il ne serait pas allé à Milan, et il ne serait probablement pas devenu Pape. Les adversaires de Montini ont su la chose directement de De Luca, ça lui avait échappé. C'est pour cette raison qu'il lui écrit : « si tu entends dire quelque chose sur moi, interroge-moi d'abord ». Les ennemis de Montini informent Pie XII et c'est à ce moment qu'est brisée la pleine confiance qu'avait en lui le Souverain Pontife, même s'il y eut par la suite une explication entre les deux."

   Trois remarques sur cette déclaration riche en informations :

   1) D'après Monsignor Mazzotta, le futur Paul VI a perdu en 1954 la confiance du pape Pie XII parce qu'il cultivait dans son dos des accointances avec les communistes. Le communisme avait pourtant fait l'objet d'une condamnation solennelle une quinzaine d'années auparavant, dans l'encyclique Divini Redemptoris (1937). Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que Vatican II n'ait pas rappelé cette condamnation, rappel pourtant prévu initialement.

   2) Monsignor Mazzotta, censé avoir étudié cet épisode de la vie de Paul VI dans le but de vérifier s'il représentait ou non un obstacle sérieux à sa béatification puis à sa canonisation, ne fournit absolument aucune justification valable de cette attitude inqualifiable. Heureusement que Montini a désobéi, se contente-t-il d'avancer, sans quoi il ne serait probablement pas devenu pape. Machiavel n'aurait pas mieux dit. Avec ce type de raisonnement, on peut excuser beaucoup de comportements discutables.

   3) Sa déclaration nous renseigne également sur les sources du rapporteur de la cause : des témoignages de tiers, des biographies éditées (celle du Cardinal Siri, par exemple), de la correspondance publiée (celle avec don De Luca). C'est visiblement à partir de ces documents et en consultant des spécialistes sur don De Luca que Mgr Mazzotta s'est forgé une opinion. Aucune trace d'un accès aux archives vaticanes. Manifestement, ces dernières lui sont restées fermées pour cette période...

   Un vice dans la procédure ?

   Nous avons tous entendu parlé du déroulement des procès de béatification. On nous a toujours dit que c'était du solide, que rien n'était laissé au hasard. Et surtout, nous avons tous en tête le travail du promoteur de la foi (ou promoteur de justice), plus connu sous le nom d'avocat du diable, censé « argumenter contre la canonisation d'un candidat », comme le résume si bien Wikipédia. Avec une telle procédure, aucun risque : les catholiques peuvent se rassurer sur le compte de la personne à qui ils adresseront leurs prières.

   Et tout à coup, patatras ! On apprend que les kilomètres d'archives qui concernent la majeure partie de l'activité de Jean-Baptiste Montini au Vatican, d'abord à la Secrétairerie d’État de Pie XII, puis comme pape Paul VI, demeurent inaccessibles ! Voici pourtant en quels termes l'Instruction pour le déroulement des Enquêtes diocésaines ou éparchiales regardant les causes des Saints (aussi connue sous le nom d'Instruction Sanctorum Mater), publiée en 2007 par la Congrégation pour la Cause des Saints, définit le devoir des experts :

   "Le devoir des experts est de rechercher et de rassembler tous les écrits encore non publiés du Serviteur de Dieu, ainsi que tous et chacun des documents historiques, aussi bien manuscrits qu'imprimés, qui concernent la cause de quelque manière que ce soit." (article 68, § 2, nous soulignons)

   Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une telle clause n'a pas été respectée dans le cas de Paul VI (l'a-t-elle été plus dans le cas de Jean-Paul II ? Souvenez-vous : « Santo subito ! »). De toute évidence, il aurait mieux valu attendre l'ouverture des archives vaticanes. Et malgré tout, après un procès de béatification prétendument en bonne et due forme, le pape du concile s'est vu déclaré bienheureux en 2014. Dites, vous trouvez cela sérieux ? Mais à quoi l'avocat du diable pensait-il donc pendant le procès, alors même que la source principale de la documentation restait inaccessible aux enquêteurs ? Quel sens un procès de béatification peut-il avoir dans ces conditions ?

   La petite blague très révélatrice du pape François

   Le 15 février 2018, jour où il a annoncé la prochaine canonisation de Paul VI, François n'a pas pu s'empêcher d'ajouter : « Benoît et moi sommes en liste d’attente » (source). Après les récentes révélations de Mgr Viga, confirmées par son confrère Mgr Lantheaume, et auxquelles François refuse obstinément de répondre, on se dit que la cause de canonisation de Jorge Mario Bergoglio risque tout de même d'être un tantinet compliquée. Mais là encore, passons. La petite plaisanterie du pontife repose elle-même sur un présupposé de plus en plus ancré : celui selon lequel le Saint-Père serait automatiquement un saint, du fait même de sa fonction. C'est surtout vrai depuis Vatican II : saint Jean XXIII, saint Jean-Paul II, bientôt saint Paul VI, et bientôt le bienheureux Jean-Paul Ier… En fait, le projet de canoniser à tout prix Paul VI en cache (ou en révèle...) un autre : celui de « canoniser », autant que faire se peut, le dernier concile, soi-disant printemps pour l’Église. Les chiffres sont pourtant désormais là pour nous montrer que le virage conciliaire a littéralement vidé les églises de France…

   Canonisation et infaillibilité pontificale

   À la lecture de cet article, il se trouvera sûrement des catholiques pour objecter qu'à partir du moment où les canonisations sont infaillibles, il devient ipso facto illégitime de remettre en cause celle de Paul VI. Mais précisément, l'infaillibilité pontificale couvre-t-elle les canonisations ? Est-il de foi qu'un saint canonisé se trouve dans le Ciel ? Il existe, ne le nions pas, un courant théologique très ancré en faveur de ces opinions. Lisez par exemple l'article « Canonisation » du Dictionnaire de Théologie Catholique (colonnes 1639-1642). Il soutient ces propositions, mais sans toutefois oser nettement les déclarer de foi :

   "Elles ne sont pas directement ou explicitement de foi, non immediate de fide. Salmaticenses, loc. cit. Même après le concile du Vatican, il n'y a pas de définition expresse de l’Église à cet égard, de sorte que celui qui les nierait ne serait pas formellement hérétique. Mais ces vérités touchent à la foi avec laquelle elles ont une connexion très étroite. La première est implicitement révélée comme tout ce qui est déduit avec évidence des principes de foi. Celui qui ne l'admettrait pas serait donc virtualiter et arguitive hérétique selon l'expression de saint Thomas. Sum. theol., IIa IIae, q. XI, a. 2.

   C'est donc implicitement de foi divine que le pape est infaillible dans la canonisation des saints. Ce n'est pas également de foi divine qu'une personne canonisée soit réellement dans le ciel ; mais c'est de foi ecclésiastique. Nous devons certainement croire qu'elle jouit de la béatitude éternelle. Toutefois, nous basons notre croyance à cette vérité, non sur le témoignage de Dieu qui n'en a rien dit, ni dans l’Écriture, ni dans la tradition ; mais sur le témoignage de l’Église et de son chef visible à qui Dieu a promis l'infaillibilité." (colonne 1642)

   Le passage que nous venons de citer ressemble étrangement à la comptine « Trois pas en avant, trois pas en arrière » ! L'infaillibilité des canonisations, soutient-il, n'est pas « directement ou explicitement de foi », mais « implicitement ». De même, celui qui la rejette n'est pas « formellement hérétique », mais il l'est virtualiter et arguitive, ce qui n'a rien de très lumineux, surtout lorsque le texte de saint Thomas qui contient ces termes ne traite absolument pas de canonisation ! Enfin, nous dit le DTC, que la personne canonisée soit dans le ciel n'est pas de « foi divine », mais « ecclésiastique » : cela repose non pas « sur le témoignage de Dieu », mais « sur le témoignage de l’Église et de son chef visible »… Le moins que l'on puisse dire, c'est donc que la proposition « l'infaillibilité pontificale couvre les canonisations » n'est pas elle-même garantie par le sceau de l'infaillibilité pontificale ! Aucun pape n'a jamais couvert cette proposition de son infaillibilité. Ceux qui disent que Benoît XIV l'a fait dans son De servorum Dei beatificatione et de beatorum canonizatione se trompent lourdement : cette œuvre a été publiée en 1734, c'est-à-dire plusieurs années avant que le Cardinal Prospero Lambertini ne devienne pape (1740). Le De servorum ne constitue donc pas un texte magistériel.

   Pour clôturer provisoirement ce débat (jusqu'à ce que l'enseignement de l’Église devienne explicite sur le sujet), vous pouvez lire ici l'opinion de l'historien Roberto de Mattei, et celle (très référencée) du théologien Mgr Brunero Gherardini, qui viennent contrebalancer celle du Dictionnaire de Théologie catholique…

   Conclusion

   Face à une telle situation, voici les différentes solutions qui se présentent :

   0) Dans les jours à venir, prier pour qu'une intervention providentielle empêche cette canonisation d'avoir lieu. Mais une fois que le pape François aura proclamé la sainteté de Paul VI, il ne restera plus guère qu'une des quatre options suivantes.

   1) considérer que l'on puisse être saint tout en s'acoquinant avec les communistes dans le dos de son supérieur le pape, et tout en provoquant un désastre sans précédent pour l’Église, pour ne reprendre que quelques faits parmi d'autres de la vie de Paul VI ;

   2) affirmer que le pape n'est pas vraiment le pape, et que c'est la raison pour laquelle cette canonisation est erronée (argument sédévacantiste) ;

   3) soutenir, contre une grande partie de la tradition théologique, que les canonisations ne sont pas infaillibles, tout le monde semblant s'accorder à reconnaître que l'infaillibilité des canonisations n'est pas explicitement ni directement de foi (option la moins risquée ?) ;

   4) faire semblant de ne pas voir le problème, renoncer à sa raison, et applaudir béatement chaque nouvel acte problématique du pape. À ceux qui ont choisi cette dernière option, nous ne pouvons que conseiller le très joli film de propagande qui sort en salle ces jours-ci : un documentaire hagiographique sur François, commandé par le Vatican lui-même…

26/08/2018

François et les abus sexuels : l'heure de vérité

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   Les accusations toutes fraîches de Mgr Viganò (photo) à l'encontre du Pape François et de son entourage tombent à point nommé pour confirmer la dernière partie de notre toute récente analyse sur l'a(du)ltération du catéchisme. Elles prouvent de manière éclatante qu'il existe malheureusement bel et bien une mafia homosexualiste dans les plus hautes sphères de l’Église.

   Nous souhaitons à tout catholique d'avoir le courage de lire de bout en bout le texte de Mgr Viganò, si douloureuse cette lecture puisse-t-elle se révéler...

   Avant tout, offrons à Dieu nos prières et nos sacrifices pour notre Église si odieusement défigurée.

   Mais ne perdons pas l'occasion d'observer la situation dans les jours qui viennent :

   -Quelle va être la réaction du Vatican ? Celle des évêques ? Réaction saine, déni en bloc, grillage de quelques fusibles ou conspiration du silence ?

   -Comment les médias (catholiques ou non) vont-il réagir ? Le Pape François va-t-il être lâché par ses sponsors ? Sera-t-il acculé à la démission ?

   Rien n'est moins sûr.

  -Que va-t-il arriver à Mgr Viganò ? Va-t-il mourir "prématurément", comme il indique dans son texte que cela est arrivé aux nonces Gabriel Montalvo et Pietro Sambi ? Va-t-on lui sortir une affaire en vue de décrédibiliser ses affirmations (cf. par exemple la fin très suggestive de cet article) ?

   Souvenons-nous dans nos prières de ce prélat très courageux qui, d'une manière ou d'une autre, risque de payer très cher ses révélations.

21/08/2018

Peine de mort : le pape François altère le Catéchisme

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   Les faits

   Jusqu'au 2 août 2018, voici ce qu'affirmait le § 2267 du Catéchisme de l’Église catholique à propos de la peine de mort :

   "L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.
   Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.
   Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable " sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants " (Evangelium vitae, n. 56)."

   Le 2 août dernier, le rescrit Ex Audentia SS.mi fait l'annonce suivante :

   "Le souverain pontife François, dans l'audience accordée le 11 mai 2018 au préfet soussigné de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a approuvé le nouveau projet de loi no. 2267 du Catéchisme de l'Église catholique, en faisant en sorte qu'elle soit traduite dans diverses langues et insérée dans toutes les éditions du Catéchisme susmentionné."

   Voici la nouvelle version du § 2267 :

   « Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.
   Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.
   C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que ’’la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne’’ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. »

   Le Cardinal Ladaria, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, accompagne le rescrit d'une lettre qu'il adresse aux évêques. Dans celle-ci, il entend justifier ce virage dans l'enseignement de l’Église, en s'appuyant notamment sur certaines déclarations antérieures du pape François :

   "Dans cette même perspective, le Pape François a rappelé que « de nos jours, la peine de mort est inadmissible, quelle que soit la gravité du délit commis par le condamné ». Quels qu’en soient les modes d’exécution, cette peine « implique un traitement cruel, inhumain et dégradant ». En outre, on doit s’y opposer « face au défaut d’appréciation du système judiciaire et à la possibilité de l’erreur judiciaire ». Dans cette optique, le Pape François a demandé une révision de la formulation du Catéchisme de l’Église Catholique sur la peine de mort, de manière à affirmer que «quelle que puisse être la gravité de la faute commise, la peine de mort est inadmissible, car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne»." (§ 6 de la lettre)

   Une trahison de la doctrine catholique

   Notez bien la différence doctrinale entre la version publiée sous Jean-Paul II et celle voulue par François : la première mouture du § 2267 rappelle le principe énoncé par l'enseignement traditionnel de l’Église, pour en restreindre ensuite le champ d'application. Tout autre est le nouveau paragraphe, qui condamne la peine de mort dans son principe même : « l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que ''la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne''. »

   Eh bien, non, l’Évangile n'a pas un seul mot contre la peine de mort et l’Église n'enseigne pas cela. C'est François qui l'enseigne. La seule référence par lequel il justifie ce nouveau positionnement est tirée de ses propres discours. C'est tout de même un peu maigre ! François ne constitue pas l’Église à lui tout seul ! Rappelons à l'inverse ce qu'enseignait Innocent III dès 1210 :

   "Au sujet du pouvoir séculier, nous affirmons qu'il peut, sans péché mortel, exercer un jugement portant effusion de sang, pourvu que, pour exercer la vindicte, il ne procède pas par la haine mais par un jugement, ni avec imprudence mais avec modération." (Denzinger, § 795)

   Au début du XXe siècle, même son de cloche dans le Catéchisme de saint Pie X :

   "Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l'autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur." (Grand Catéchisme, Troisième partie, chapitre 3, § 2)

   Et le cinquième commandement ?

   Le cinquième commandement, οὐ φονεύσεις (Exode XX, 13), qu'il vaudrait mieux traduire « tu ne commettras pas de meurtre » que « tu ne tueras pas », ne s'applique pas à la peine de mort. La meilleure preuve en est que dans le même discours où Dieu donne à Moïse ce cinquième commandement, il lui fait également les recommandations suivantes :

   « Quiconque frappe quelqu’un et cause sa mort sera mis à mort. S’il ne l’a pas traqué mais que Dieu l’a mis à portée de sa main, je te fixerai un lieu où il pourra se réfugier. Mais si un homme va jusqu’à en tuer un autre par ruse, tu l’arracheras même de mon autel pour qu’il soit mis à mort. Qui frappe son père ou sa mère sera mis à mort. Qui enlève un homme — qu’il l’ait vendu ou qu’on le trouve en sa possession — sera mis à mort. Qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort. » (Exode XXI, 12-17)

   Dans sa Somme théologique, saint Thomas d'Aquin légitime lui-même la peine de mort par les termes suivants :

   « Nous venons de dire que la mise à mort d'un malfaiteur est permise en tant qu'elle est ordonnée à la sauvegarde de la société. C'est pourquoi elle appartient à celui-là seul qui pourvoit au bien commun de la société, de même que l'ablation d'un membre corrompu revient au médecin auquel on a confié la santé du corps tout entier. Or le soin du bien commun est confié aux princes qui détiennent l'autorité publique. C'est donc à eux seuls et non aux particuliers qu'il revient de mettre à mort les malfaiteurs. » (IIa IIae, question 64, article 3, conclusion)

   Au XVIe siècle, le Catéchisme du Concile de Trente soutient que la peine de mort ne constitue pas une infraction au cinquième commandement :

   "Il est permis aux magistrats de faire mourir les hommes mêmes. Car Dieu leur ayant donné pouvoir de vie et de mort sur eux, ils ont droit, selon les lois, de faire punir les méchants, et de protéger les innocents. Ainsi lorsque la justice les oblige de condamner un homme à la mort, non seulement ils ne violent point ce commandement, et ne sont point coupables d'homicide ; mais au contraire ils témoignent en cela qu'ils y sont parfaitement soumis. Et en effet comme la fin de ce commandement est de conserver la vie des hommes, les magistrats qui sont les justes vengeurs des crimes, ne tendent aussi par les divers supplices auxquels ils condamnent les criminels, qu'à faire que l'audace et l'injustice des méchants étant réprimée par la crainte des supplices, la vie des hommes soit en sûreté." (Catéchisme du Concile de Trente, traduction nouvelle, troisième édition, Paris, André Pralard, 1686)

   Au XVIIIe siècle, saint Alphonse de Liguori, une référence classique de la théologie morale, ne tient pas un langage différent sur la question :

   "Les princes et les juges ont le droit et même le devoir de condamner les malfaiteurs à la mort qu'ils ont méritée, et les bourreaux sont obligés d'exécuter la sentence. C'est Dieu lui-même qui veut que les coupables soient punis." (Instruction au peuple, in Oeuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, tome 16, traduit de l'italien par Léop.-J. Dujardin, Tournai, Casterman, 1877, p. 491-492)

   On peut donc conclure qu'il existe en faveur de la peine de mort une tradition doctrinale catholique ininterrompue pendant des siècles… jusqu'au 2 août dernier.

   Un « développement » doctrinal ???

   Pour justifier ce qu'il faut bien appeler une rupture sans précédent, le Cardinal Ladaria, qui n'est apparemment pas jésuite pour rien, la qualifie dans sa lettre aux évêques de « développement ». Il ne le fait pas moins de cinq fois (§ 1, 3, 7, 8), un peu comme si le fait de répéter ce mot allait le rendre plus vrai. Le huitième paragraphe constitue le point d'orgue de ce processus incantatoire :

   "All of this shows that the new formulation of number 2267 of the Catechism expresses an authentic development of doctrine that is not in contradiction with the prior teachings of the Magisterium."
   "Tout ceci montre que la nouvelle formulation du numéro 2267 du Catéchisme exprime un développement authentique de la doctrine qui n'est pas en contradiction avec les enseignements antérieurs du Magistère."

   Sachant que le nouveau paragraphe voulu par François contredit très exactement l'enseignement pérenne de l’Église sur la question, il fallait tout de même oser écrire une telle énormité ! Il peut bien sûr exister des développements de la doctrine catholique au cours des siècles, mais à condition que les nouveaux enseignements n'entrent pas en opposition flagrante avec ce que l’Église a professé auparavant. Sans quoi nous nous trouvons face à cet évolutionnisme théologique que le pape saint Pie X a condamné aux § 32 à 38 de son encyclique Pascendi Dominici gregis, et le pape Pie XII au § 30 de l'encyclique Humani Generis.

   Pourquoi une telle trahison ? Quels en sont les enjeux ?

   Un pied de nez à Benoît XVI ?

   Le maître d’œuvre du Catéchisme de l’Église catholique n'est autre que le Cardinal Joseph Ratzinger lui-même, devenu Benoît XVI par la suite. Cet ouvrage ne semble avoir connu aucune modification depuis la publication de l'édition latine de référence, le 15 août 1997. La récente « correction » effectuée par le Pape François, du vivant même de Benoît XVI, et qui plus est pour adultérer un pan de la doctrine catholique, constitue donc un geste extrêmement fort, un geste qui n'est pas précisément marqué au coin du tact et de la délicatesse.

   Quoique anecdotique en regard des autres enjeux, cet aspect de la question méritait d'être signalé.

   Adapter un peu plus l'enseignement de l’Église aux droits de l'homme

   Avez-vous remarqué à quel point certaines phrases du rescrit du Cardinal Ladaria et de la lettre aux évêques qui l'accompagne aurait pu être écrit par les militants d'Amnesty International ? Le tableau ci-dessous vous permettra de le constater par vous-même :

Discours d'Amnesty International

Discours de Ladaria et de François

« Aucun crime ne peut justifier la peine de mort » (source)

« La personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. » (nouveau § 2267 du catéchisme)

 

« De nos jours, la peine de mort est inadmissible, quelle que soit la gravité du délit commis par le condamné » (lettre aux évêques)

« Un ensemble d’études faisant autorité commandées par les Nations unies dans diverses régions à travers le monde ont même conclu à de nombreuses reprises que la peine de mort n’avait pas un effet plus dissuasif en matière de criminalité qu’une peine d’emprisonnement. » (source)

« On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir. » (nouveau § 2267 du catéchisme)

« La peine de mort prive une personne de la possibilité d’expier un forfait, de réparer, de se repentir et de s’amender. » (source)

« La peine de mort et la torture sont la négation absolue de la dignité humaine. » (source)

« La peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » (nouveau § 2267 du catéchisme)

« Amnesty International s’engage dans le monde entier et sans exception pour son abolition. » (source)

« L’Église s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. » (nouveau § 2267 du catéchisme)

« La peine de mort est cruelle, inhumaine et dégradante. » (source)

« Cette peine « implique un traitement cruel, inhumain et dégradant ». (lettre aux évêques)

« Les erreurs judiciaires et les jugements erronés ne peuvent jamais être totalement exclus. » (source)

« On doit s’y opposer « face au défaut d’appréciation du système judiciaire et à la possibilité de l’erreur judiciaire ». (lettre aux évêques)

    Vous l'aurez compris, le nouveau paragraphe du Catéchisme ressemble à s'y méprendre à un simple copier-coller de l'argumentaire d'Amnesty International (nous verrons plus loin que cette ressemblance ne relève absolument pas du hasard). Certes, on pouvait déjà identifier des points communs dans l'ancienne version, mais la modification récente n'a fait qu'aggraver les choses. « L’Église n'est pas une ONG », a dit un jour François. Force est pourtant de constater qu'elle n'y a jamais autant ressemblé…

   En quoi est-ce problématique ? En ce que l'enseignement de l’Église se conforme de plus en plus à la mentalité droit-de-l'hommiste. Cette conformité s'avère gênante dans la mesure où les droits de l'homme (la déclaration de 1789 tout comme celle de 1948) ne constituent rien d'autres, en leur fond, que le nouveau « texte sacré »1 de l'homme auto-proclamé dieu, texte luciférien car censé remplacer par des droits humains les dix commandements divins2. À telle enseigne que le pape Pie VI les a qualifiés de « contraires à la religion » dans son encyclique Adeo Nota (1791).

   L’Église prise au piège du langage de l'ennemi

   François change le catéchisme sur la peine de mort. Cette rupture sans précédent avec la doctrine catholique traditionnelle résulte de la fâcheuse tendance qu'ont eu les papes de ces dernières décennies à adopter la langue des droits de l'homme, pourtant « contraires à la religion ». Peut-être par souci d'intelligibilité, Jean-Paul II s'est ainsi senti obligé de condamner l'avortement, non pas au nom du seul Décalogue, mais aussi en se référant aux « droits humains » (§ 5, 18, 19) et à un certain « droit à la vie ». Cette expression revient sans cesse sous la plume du pape polonais dans l'encyclique Evangelium vitae (§ 18, 20, 57, 72, 91, 93, 101). Où l'a-t-il trouvée ? Nulle part ailleurs qu'à l'article 3 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948. Cette notion demeure tout simplement absente de la doctrine catholique traditionnelle (voir notamment ici).

    Tous les pro-vies de la planète ont emboîté le pas à Jean-Paul II, estimant très intelligent sur le plan stratégique de retourner à l'ennemi ses propres arguments, même si l'on peut douter que cette tactique ait jamais sauvé un seul enfant à naître. Le « droit à la vie » est donc devenu le slogan incontournable de toute une génération anti-avortement. Et quelques vingt-cinq ans après Evangelium vitae, voilà le catholicisme empêtré dans l'étendard qu'il a si longtemps brandi : le pape trahit la doctrine catholique au nom d'une notion empruntée aux droits de l'homme ! Vous voulez une confirmation de cette analyse ? Lisez la lettre aux évêques qui accompagne le rescrit modificateur. Comme par hasard, l'encyclique Evangelium vitae y constitue la référence indépassable (cf. § 3 et 7), censée fermer la bouche à tous les éventuels contradicteurs !

   Entendons-nous bien : oui, il fallait combattre l'avortement, et il le faut encore ! Mais cessons de nous cacher derrière des paravents laïcs. Le fondement de notre opposition à ce crime réside dans le cinquième commandement de Dieu : « Tu ne commettras pas de meurtre. » Arrêtons d'invoquer un « droit à la vie » qui reste ambigu et qui ne peut que se retourner contre nous dans le cas de l'euthanasie. En effet, tout droit en contient en lui-même un autre : celui de renoncer à ce même droit. Par exemple, le droit de vote implique la liberté de rester chez soi le jour des élections. De même, si l'individu a un « droit à la vie », il a nécessairement le droit de renoncer à ce droit à la vie… Avec cela, allez vous battre contre l'euthanasie au nom des droits de l'homme !

   Quand le Pape obéit aux ONG

   Concrètement, comment en est-on arrivé à la modification du catéchisme ? C'est une histoire espagnole. Depuis le pontificat de Paul VI, María Asunción Milá de Salinas avait pris l'habitude d'écrire aux différents papes pour obtenir une modification de l'enseignement catholique sur la peine de mort (source). Cette aristocrate née en 1919 a été longtemps membre actif d'Amnesty International, dont elle a même occupé la vice-présidence. Elle a cependant pris ses distances avec l'ONG lorsque cette dernière s'est déclarée favorable à l'avortement (voir ses explications ici). Un mois après l'accession du cardinal Bergoglio au souverain pontificat, elle lui envoie donc une lettre dont voici deux extraits :

   "De Séville et à l'âge de 93 ans, je viens vous supplier pour les plus pauvres parmi les pauvres, pour ceux qui, dans le couloir de la mort de nombreux pays, attendent qu'on leur enlève la dernière chose qu'ils ont, qui est la vie."
   "Nous demandons et supplions que soient retirée du catéchisme la légitimité qu'il confère à cet homicide, qui, puisque il est un acte programmé, légalisé et avec son propre rituel, est dépourvu des circonstances qui permettraient de le considérer comme un acte de légitime défense."

   Cette demande n'est pas immédiatement prise en compte. Toutefois, le 20 mars 2015, le Pape François adresse une lettre à Federico Mayor, Président de la Commission internationale contre la peine de mort. Il y déclare que la peine capitale « est inadmissible, quelle que soit la gravité du délit du condamné. » Une semaine plus tard, le 27 mars, il adresse à María Asunción Milá la lettre suivante :

   "Chère Madame,
   Merci pour votre lettre. Je vous remercie pour le témoignage de votre lutte contre la peine de mort.
   Je prends en compte ce que vous dites sur le Catéchisme et je demanderai que le changement soit étudié.
   Je vous souhaite une heureuse et sainte fête de Pâques. Que Jésus vous bénisse, que la Sainte Vierge prenne soin de vous, et, s'il vous plaît, je vous demande de prier pour moi.
Cordialement,
François"

   María Asunción Milá est aux anges. Le 16 avril 2015, elle envoie à François les remerciements suivants :

   "Cher Pape François,
   Pendant deux ans, j'ai cherché avec persévérance à ce que ma supplique vous arrive, parce que j'avais confiance que j'y parviendrais, et aujourd'hui, tout émue et reconnaissante de votre réponse, je rends grâce à Dieu d'y être parvenue.
   Heureusement, je ne doute plus de ce « changement » dans le Catéchisme, après avoir lu la lettre que vous avez envoyée à la « Commission internationale contre la peine de mort », puisque les qualificatifs que l'on y trouve employés pour caractériser ce meurtre légal rendent impossible sa légitimité.
   Aujourd’hui, je rêve que ce changement se produise dans le cadre d'un acte solennel, comme un témoignage fort devant le monde du rejet de la culture de mort.
   Merci, Pape François, merci pour votre proximité, merci pour votre humilité exemplaire, merci pour cette lettre qui m'a tant émue.
   Que le Seigneur vous bénisse et vous aide toujours.
   Avec toute mon affection et tout mon respect.
María Asunción Milá de Salinas"

   Le jeudi 2 août dernier, la Secrétaire de la Communication extérieure du Vatican téléphone à la vieille dame pour lui annoncer personnellement le changement effectué dans le Catéchisme (source).

   Un ballon d'essai

   L'histoire ne s'arrête pas là. Elle ne fait même que commencer. Ceux qui ont compris que François travaille à un changement radical dans l’Église ne verront pas dans cet événement une initiative isolée.

   Réfléchissez un peu.

   Cette modification du catéchisme a lieu un 2 août, au moment où les catholiques sont le moins attentifs à l'actualité ecclésiale. En outre, il concerne un thème qui, après des années de propagande droit-de-l'hommiste, fait relativement consensus. Difficile, sans passer pour un vilain fasciste, un affreux nostalgique des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, de risquer une critique sur cette trahison doctrinale.

   Vous comprenez ?

   Prudemment, en prenant des risques limités, le pape tâte le terrain : comment le clergé, comment les catholiques vont-il réagir à cette rupture ? Si l'expérience est concluante (et lorsqu'on voit le peu de réactions, il semble déjà qu'elle le soit), soyez assurés que nous assisterons bientôt à d'autres « corrections » du catéchisme.

   Voici l'une d'entre elles.

   Le § 2358 du Catéchisme de l’Église catholique présente la tendance homosexuelle comme « objectivement désordonnée ». Objectivement désordonnée. Pour certains, ce sont deux mots de trop, qui doivent disparaître du Catéchisme. Parmi eux, le jésuite James Martin, qui prétend « bâtir un pont entre l'Eglise et la communauté LGBT », pour reprendre le titre d'un livre qu'il a récemment publié. Malgré ses conviction pro-gay bien connues, James Martin a été nommé consultant au service de communication du Vatican en 2017. Son livre a été applaudi par au moins deux prélats à qui le pape a confié des responsabilités importantes : Kevin Farrell et Joseph Tobin, tous deux nommés cardinaux par François. Le pape lui-même, pour son Carême 2018, a choisi comme prédicateur un certain José Tolentino de Mendonça, prêtre portugais qui a préfacé avec enthousiasme un livre au titre évocateur : Nous sommes tous différents, pour une théologie queer, d'une certaine Sœur María Teresa Forcades. En mai dernier, le pape s'est adressé en ces termes à un homosexuel : « Dieu t'a fait ainsi et il t'aime ainsi. »3 Etc, etc, etc... Croyez-vous vraiment que François ait envie de résister à des revendications sur cette question ?

   Et justement, les revendications n'ont pas tardé : le lendemain du jour où le pape a changé l'enseignement de l’Église sur la peine de mort, un collectif LGBT prétendument catholique a réclamé une modification du catéchisme sur l'homosexualité, arguant du tout récent changement de doctrine sur la peine de mort. La boîte de Pandore est désormais bien ouverte...

 

NOTES :

1 Expression du franc-maçon Jacques Fontaine. Cf. MARTIN, Antoine, Le Chant dans la fournaise, Paris, Kontre Kulture, 2015, p. 33.

2 Cf. MARTIN, Antoine, La Chute des astres, Paris, Kontre Kulture, 2017, p. 113-118.

3 Sachant que la personne en question a été agressée sexuellement par un prêtre dans sa jeunesse, et que son homosexualité provient peut-être de ce traumatisme, ces propos de la part du pape laissent songeurs : bévue monstrueuse ou cynisme absolu ?