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11/04/2011

Petite apologie catholique de l'athéisme

    "Eh bien, moi, voyez-vous, je suis athée." Affirmation courante, mais que recouvre-t-elle exactement ? Si les réponses sont variées, des constantes se dégagent. Voyons cela de plus près...

   L'immense majorité des gens qui s'affirment sérieusement athées invoquent pour se justifier soit les "scandales" de l'Église, passés (Inquisition, croisades...) ou présents (pédophilie du clergé, richesses du Vatican...), soit un traumatisme personnel tel que la mort d'un proche. Très souvent tout cela à la fois, dans le désordre et avec un argumentaire limité. En creusant un peu, l'on s'aperçoit vite que chez nombre d'entre eux, l'athéisme affiché n'est en son fond motivé par rien d'autre que par un refus de la morale proposée par l'Église. Une majorité d'"athées", aussi paradoxal que cela puisse paraître, ne s'embarrasse en fait pas de savoir si Dieu existe ou non. Le pape condamne le préservatif, l'avortement, la contraception ? Voilà qui résout le problème : Dieu n'existe pas ! Il s'agit ici moins d'un athéisme que d'un antithéisme. Une déclaration peut en cacher une autre, et derrière le fameux "Dieu n'existe pas", une oreille attentive entend : "il ne faut pas que Dieu existe." L'athéisme ainsi vécu, c'est une histoire de sexe qui cherche à se déguiser en histoire de concept. Il est à la fois immensément cocasse et tragique de voir des personnes incapables de maîtriser leurs pulsions primaires, ce qui n'est possible qu'avec l'aide de Dieu, prendre des airs de philosophe pour vous déclarer : "eh bien, moi, voyez-vous, je suis athée." Une telle attitude n'a rien d'intelligent, elle relève de la pure volonté.

   Mais passons à une autre catégorie d'athées, celle qui possède des motifs rationnels d'incroyance. Le saviez-vous ? C'est dans les manuels d'apologétique du XIXème siècle, rédigés par des ecclésiastiques, que se lisent les arguments les plus redoutables contre l'existence de Dieu, suivis de leur réfutation. Autrement dit, l'athée, s'il espère obtenir un minimum de crédibilité, n'a d'autre solution que de se faire théologien. Car comme son nom l'indique, la pensée athée est fondamentalement théocentrique. Les athées militants s'arc-boutent bien contre le concept de Dieu, mais pas autrement qu'en s'appuyant dessus, nous offrant ainsi une variante intéressante du plus vieux gag...

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   Qu'ils la remercient donc, cette divinité à laquelle il doivent leur existence en tant qu'athées ! Il n'y a là rien de compliqué ! Ils leur suffirait pour ce faire de répéter, mais avec une intention différente, leur fameuse blague : "je suis athée, Dieu merci". Car s'ils n'avaient pas Dieu, autour de quel centre, affirmé ou nié, leur architecture mentale s'organiserait-elle ? L'athée intellectuel démontre ainsi, de la manière la plus éclatante qui soit, la nécessité d'un concept de Dieu. Car ce qui frappe d'emblée chez lui, c'est son incapacité à définir une vision positive du monde : tout est "contre". Quant aux raisonnements qu'il prétend avancer contre l'existence de Dieu, les manuels d'apologétique mentionnés, écrits il y a plus d'un siècle, suffiraient à les balayer. Tous les systèmes d'alors, dont les systèmes actuels s'inspirent, y ont été passés au peigne fin. Mais il ne se trouve plus que des séminaristes pour lire ces vieux bouquins, preuve de ce que les prétendus athées intellectuels ont encore du chemin à faire dans leur démarche, ou de ce qu'ils ne recherchent pas la vérité, mais de "bonnes raisons". Ce qui les fait ipso facto basculer dans la première catégorie, celle des athées volontaires. Au moment d'achever la présentation de cette deuxième catégorie, une double conclusion s'impose : 1) l'athée intellectuel est un être de raison, il possède des motifs rationnels d'incroyance ; 2) l'athée intellectuel est un être de raison, il n'existe pas.

   Entre une catégorie qui se moque de savoir si Dieu existe ou non et une catégorie fantôme, qui reste-t-il pour sauver l'athéisme ?

   Ce qui stupéfia le monde entier, lorsque Pompée prit la liberté d'entrer l'épée à la main dans la partie la plus sacrée du temple de Jérusalem, c'est d'apprendre, nous dit Tacite, "que l'image d'aucune divinité ne remplissait le vide de ces lieux, et que cette mystérieuse enceinte ne cachait rien"1. Les Juifs acquirent alors pour plusieurs décennies une solide réputation d'athéisme, qu'il partagèrent ensuite avec les premiers Chrétiens. Sous Domitien, certains d'entre eux "furent accusés d'athéisme, accusation qui fit condamner également beaucoup d'autres personnes convaincues de s'être laissées entraînées aux coutumes des Juifs", raconte Dion Cassius2. Au deuxième siècle, Saint Justin écrivit sa première Apologie des Chrétiens pour répondre à des accusations d'athéisme. Au quatrième siècle, l'empereur Julien enrageait de ce que "les serviteurs, les enfants et les femmes des Galiléens insultent les dieux en substituant l'impiété au culte qui leur est dû"3. Dans l'Histoire de l'Occident, le premier mouvement d'ampleur dénoncé comme athéisme se trouve donc être le judéo-christianisme.

   Ce petit détour historique nous en fournit un indice : n'en déplaise à ceux qui se veulent athées purs et durs, l'athéisme comme conviction absolue n'existe pas, et même s'il existait, il ne serait qu'une religion de plus. Il ne peut être que relatif. Nous sommes tous athées et nous sommes tous croyants. Il ne s'agit donc pas de se demander si l'on est athée ou non, mais de s'examiner pour savoir de quel dieu l'on est athée. Et corrélativement, de quel dieu l'on est croyant. Pour la foule de ceux qui refusent d'aller vers l'Église par refus délibéré de la morale sexuelle qu'elle propose, la réponse donnée il y a deux mille ans par Saint Paul demeure limpide : "leur dieu, c'est leur ventre" (Phil. 3, 19). Entendons-nous : si l'athéisme, c'est ne servir aucun dieu, les catholiques ne sont pas athées parce que personne n'est athée. Mais si l'athéisme, c'est refuser de sacrifier à l'empereur, de se prosterner devant les idoles ego, fric, sexe, star-system & Cie, "athées, oui certes, nous le sommes devant de pareils dieux, mais non pas devant le Dieu de vérité, le père de toute justice, de toute pureté, de toute vertu, l'être de perfection infinie."4

1Tacite, Histoires, V, 9, 1.

2Dion Cassius, Histoire romaine, LXVII, 14, 2.

3Julien, Lettre XLIX.

4Saint Justin, Première Apologie des Chrétiens, 1, 6.

Commentaires

Très intéressant.
Je ne sais pas dans quelle mesure cela peut bousculer une personne se proclamant "athée", mais c'est intelligent et efficace.

En revanche, je ne comprends pas cette phrase : "L'athéisme ainsi vécu, c'est une histoire de sexe qui cherche à se déguiser en histoire de concept."

Une remarque : comme Dieu existe et pour les croyants et pour les incroyants, on ne peut pas être a-thée, comme on est a-phone, parce qu'on peut être sans voix mais pas sans Dieu...

Écrit par : Barbarossa | 11/04/2011

Bonne remarque, Barbarossa, et merci pour tes encouragements !

Quant à la fameuse phrase, elle vise la multitude de ceux qui, tout en suivant leur envie de ne pas vivre la morale que propose l'Eglise, prétendent justifier leur choix par un argumentaire philosophique, qui ne résiste pourtant pas au premier débat un peu sérieux. Il s'agit en fait d'une position pratique (une "histoire de sexe") qui cherche à se faire passer pour une position spéculative (une "histoire de concept"), ou dit plus simplement, d'un caprice en quête de prétextes. La raison à la remorque des hormones, si tu préfères...

Écrit par : Guillaume | 12/04/2011

Merci pour ce billet, et surtout pour la référence à Saint Justin, patron des philosophes, que je ne pourrai pas m'empêcher de lire très longtemps.

Il y a deux athéismes, un ridicule et un impossible. D'accord. J'en rajouterai un troisième, que j'appellerai l'athéisme véritable. Il consisterait essentiellement dans cette phrase du Christ (non je ne vais pas citer le rebattu "mon dieu pourquoi m'as tu abandonné"): "mon âme est triste à en mourir". Cette formule de Gethsmémani résume ce que nous appelons ajourd'hui le nihilisme: il est un desespoir sans secours visible. Or c'est cet athéisme là qui est non seulement le fond des deux autres athéismes, mais qui est aussi le seul qu'un chrétien peut combattre. Le combat spirituel n'est pas un combat pour la castration des désirs du ventre, ou l'épanouissement intellectuel, il est un combat que je dirai "national". Je m'explique: qu'est-ce qu'aider à la conversion de quelqu'un? Si c'est lui démontrer l'existence de Dieu, ou lui montrer la vacuité de ses désirs, c'est plus fondamentalement l'aider à faire une rencontre avec NSJC, c'est à dire avec le Roi de l'Univers, "en lequel tout subsiste", et par là le faire pénétrer dans le peuple de Dieu (qui comme tout peuple à ses rituels, ses coutumes, ses liturgies). Donc amener quelqu'un à la conversion c'est l'incorporer au Corps du Christ, c'est à dire à la fois lui faire faire une rencontre (au delà et du jugement et de l'appetit sensible), et le faire participer à une nation, l'Eglise.
Cela pour dire que l'athéisme véritable a du bon. Il est la première étape de la conversion, comme Gethsémani est le premier pas vers le Golgotha. Je citerai une très belle formule du Coran: "Celui qui n'a pas de maître, Satan est son maïtre", pour dire que ma position est toute inverse. C'est parce que notre époque est sur ce fil du rasoir qui consiste à n'avoir pas de dieux et qu'elle n'est pas encore vraiment repaganisée qu'elle se situe à un moment charnière de l'histoire. L'athéisme véritable de notre époque post-positiviste et pré-paganisée laisse place à la rencontre avec NSCJ.

Je résume: l'athéisme véritable c'est l'absence de rencontre avec la source de toute espérance véritable. Cet athéisme est bon dans la mesure où il mène (par son réalisme) à la Vérité. Voilà pourquoi je préférerai toujours parler avec un gothique (non sataniste) qu'avec un boudhiste ou un franc maçon.

Écrit par : L'athée de service | 13/04/2011

Tout à fait d'accord, Theopol ! Voilà un complément intéressant de mon post. Je te rejoins notamment sur ta remarque finale à propos des gothiques (non satanistes), préférables aux Bouddhistes et aux Francs-maçons. Ces personnes au look terrifiant ne sortent pas de nulle part, et j'y vois volontiers les héritiers lointains des Chrétiens qui, au XVème siècle, dans une période de marasme profond, dessinaient ou peignaient des danses macabres.

On pourrait en discuter, mais il me semble que la révolution, c'est la réponse toujours excessive au fait que la réforme n'arrive pas ou qu'elle arrive trop tard de la part de l'autorité légitime : y aurait-il eu une réforme (révolution ?) protestante si le Concile de Trente avait eu lieu un siècle plus tôt ? Y aurait-il eu une Révolution Française si Louis XV était revenu à une royauté à la Louis XIII ? Je m'arrête là, on peut spéculer longtemps sur ce qui ne s'est pas produit...

Voici où je veux en venir : la révolution gothique se nourrit pour bonne part des défaillances d'une partie du clergé, celle qui a promu le christianisme mièvre des années 70 : exit la mort et la question du Paradis et de l'Enfer, exit la croix et le serviteur souffrant ! L'important, c'est de "faire" Eglise. Nos amis gothiques, avec tous les excès qui sont les leurs, ont du moins cet immense mérite de faire ressurgir la question de la mort au sein d'une société qui l'avait évacuée.

Moralité : plus il se trouvera de prêtres pour aborder sans tabou la question de la mort et du jugement, moins il y aura de gothiques...

Écrit par : Guillaume | 14/04/2011

Plus de Laguéries, moins de Marilyn Manson !

Écrit par : L'athée de service | 15/04/2011

C'est un billet intéressant et un type de questionnement que je partage dans la mesure où il oblige à un retour réflexif : qu'est-ce que qui fait la (non-)consistance de la posture d'en face ? Le passage par la réflexion nourrit la pratique - en l'occurrence l'apologétique.
La question de l'athéisme me tient à coeur, dans des termes qui sont proches des tiens (notamment dans les dernières phrases de ton billet) et que je formulerai de la manière suivante : athéisme ou idolâtrie ? la déclaration d'athéisme ne recouvre-t-elle pas une position d'idolâtrie ("leur dieu, c'est leur ventre", etc.) ? de telle sorte qu'il n'y a pas d'athée conséquent, mais seulement des païens idolâtres ? Autrement dit, peut-on rabattre entièrement l'athéisme sur l'idolâtrie ? Deux points : 1. la citation bien connue de Chesterton, "quand un homme cesse de croire en Dieu, c'est pour croire à n'importe quoi" - c'est une anthropologie qui pose la "croyance", accomplie en adoration véritable ou en idolâtrie, comme une composante inamissible de l'humain. 2. cela reçoit un vaste appui scripturaire : l'Ancien Testament est tout entier l'histoire d'une Révélation qui suscite l'opposition Israël/Nations - qui sera réconciliée dans le Christ.
De quoi affirmer que l'athéisme revendiqué est une idolâtrie pratique qui s'ignore ? Cela irait dans ton sens ("sexe"/"concept")... en tout cas cette interrogation peut être un appui pour mettre en oeuvre une "évangélisation" à adapter à toute situation concrète, et qui serait de cet ordre : à l'athée revendiqué, pointer du doigt ce qui dans sa vie n'est qu'un acte d'idolâtrie méconnue.
Par ailleurs, l'idée d'athéisme qui conduirait vers Dieu est intéressante, mais pour moi cette puissance de renversement qualifie plutôt le désespoir : aller au bout pour y trouver Dieu. Et le désespoir peut recouvrir autant un athéisme extra-lucide que le moment de celui qui ouvre les yeux sur son paganisme. Il n'est pas athée d'emblée.

Écrit par : David | 17/04/2011

"A l'athée revendiqué, pointer du doigt ce qui dans sa vie n'est qu'un acte d'idolâtrie méconnue"

Oui pour cette forme d'évangélisation, pourvu bien sûr qu'elle s'accompagne de notre propre remise en cause :

et au pharisien qui s'ignore (vous et moi), pointer du doigt ce qui dans sa vie n'est qu'un acte d'idolâtrie méconnue doublé d'une imposture !!!

Belle semaine sainte à chacun, en Christ,

Écrit par : Caltagirone | 18/04/2011

Merci pour ce billet, qui ma bien fait sourire. C'est fou comme les " croyant" ont besoin de se rassurer eux même sur le bien fondés de leur foi.
Si vous doutez ne vous en prenez pas aux athées..

Il n'y a pas de croyant, seulement de des personnes qui s'inventent des histoire tout en sachant, aux fond d'elle même, la vérité.

C'est d'ailleurs flagrant dans ses ouvrages d'apologétique dont vous parlez, où les auteurs, loin d'être stupide, développe parfois des arguments réfutable par des enfant de 4 ans, en essayant tant bien que mal de se rassurer.

De toute ma vie, je n'ai encore jamais rencontré de catholique heureux. Ils ont cependant toute mon admiration. Il faut des tripes pour arriver a se mentir a soi même avec tant de force.

Écrit par : athée-véritable | 29/07/2011

Bienvenue, athée-véritable, et merci pour votre commentaire. Je croyais ce blog condamné à être lu par des catholiques du même avis que moi. Vous montrez qu'il n'en est rien et c'est tant mieux !

Vous vous en tenez malheureusement à des arguments très généraux, sans aucune référence précise, qu'un croyant peut au fond tout aussi bien opposer à un athée que l'inverse.

Vous ne me croyez pas ? Votre message est composé de 127 mots : il me suffira de changer 6 mots pour en faire un texte écrit par un croyant à un athée.

Vous êtes prêt ?

« Merci pour ce billet, qui m'a bien fait sourire. C'est fou comme les "ATHÉES" ont besoin de se rassurer eux-mêmes sur le bien-fondé de leur INCROYANCE.
Si vous doutez ne vous en prenez pas aux CROYANTS...

Il n'y a pas d'ATHÉES, seulement des personnes qui s'inventent des histoires tout en sachant, aux fond d'elles-mêmes, la vérité.

C'est d'ailleurs flagrant dans ces ouvrages d' «ATHÉOLOGIE» dont vous parlez, où les auteurs, loin d'être stupides, développent parfois des arguments réfutables par des enfants de 4 ans, en essayant tant bien que mal de se rassurer.

De toute ma vie, je n'ai encore jamais rencontré d'ATHÉES heureux. Ils ont cependant toute mon admiration. Il faut des tripes pour arriver a se mentir à soi-même avec tant de force. »

Et voilà, athée-véritable. Moins de 5 % de votre texte a été modifié. Vous avez compris ? La réversibilité de votre argumentaire en laisse apparaître l'extrême faiblesse. Autrement dit, vous vous êtes contenté de plaquer des idées toutes faites sur un sujet.

Je vous mets au défi de faire subir le même traitement à mon billet. Au plaisir de vous lire bientôt.

Amicalement.

Écrit par : Guillaume | 29/07/2011

Intelligente réponse !

En espérant que "athée véritable" la lise et y réponde avec un peu plus de substance !

Écrit par : Gualtiero | 06/08/2011

Cher Guillaume, ton billet me met en colère. Je découvre votre blog qui a l'air bien intéressant, mais là, je trouve que tu nous écrases avec tes menhirs alors que tout le monde n'est pas tombé dans la marmite. Alors je vais sans doute dire tout plein de lieux communs peu pertinents, mais je comprend la réaction de M./Mlle/Mme l'athée véritable, qui fait, à défaut d'un argumentaire historico-philosophique détaillé, une remarque simple et juste: si la foi ne fait pas vivre, si elle ne rend pas heureux (ou du moins joyeux) alors le croyant est-il autre chose qu'une cymbale qui résonne/raisonne? On ne peut pas simplement lui renvoyer l'argument inversé. Pourquoi croire si c'est une simple posture intellectuelle un peu plus morale et un peu plus logique qu'une autre sans impact sur la vie elle-même? Car cette "foi" triste relève aussi de la "volonté pure". J'ai l'impression de lire du Kant avec du blabla catho. La foi n'est ni une affaire de morale, ni contenue dans des livres bien argumentés, elle est d'abord une rencontre. On peut la trouver par les voies de la raison, mais pour en vivre, il faut davantage que la "prouver" par des arguments, qui, comme le montrent les derniers commentaires, peuvent aisément se retourner. Parce que bon les gars, on papote, on argumente, on réfute, mais si la Vérité est une personne, elle n'est pas contenue dans des thèses intellectuelles.
D'autre part accuser les athées d'avoir choisi la facilité pour pouvoir mieux se livrer à la débauche, c'est un peu facile, réducteur, voire méprisant, non?
Et puisque personne ne l'a encore citée, purifions le débat avec Simone: «Cas de contradictoires vrais. Dieu existe, Dieu n'existe pas. Où est le problème? Je suis tout à fait sûre qu’il y a un Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que mon amour n'est pas illusoire. Je suis tout fait sûre qu'il n'y a pas de Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que rien de réel ne ressemble à ce que je peux concevoir quand je prononce ce nom. Mais cela que je ne puis concevoir n’est pas une illusion.»
Question: "l'athéisme comme conviction absolue n'existe pas", mais la foi comme conviction absolue existe-elle?

Écrit par : la bécasse de service | 26/08/2011

Chère bécasse de service,

merci pour ces protestations qui vont me permettre quelques précisions.

Tout d'abord, je n'ai pas dû lire la même chose que toi dans le commentaire d'athée véritable. La phrase d'athée-véritable qui t'a vraisemblablement inspiré ces lignes ("de toute ma vie, je n'ai encore jamais rencontré de catholique heureux") relève de la remarque incidente, d'ailleurs démentie de manière éclatante par les dernières JMJ. Et ses autres arguments ne se retournent si bien que parce qu'ils correspondent à des idées toutes faites, plaquées sur un sujet donné. Une fois de plus, je le mets au défi de "retourner" mon article en en modifiant moins de 5 %.

Mais peu importe. Allons au cœur du sujet. Tu affirmes que "si la Vérité est une personne, elle n'est pas contenue dans des thèses intellectuelles". Il me semble que c'est inexact : je t'invite à relire l'encyclique "Fides et ratio", qui déclare au § 45 que "même dans la réflexion philosophique de ceux qui contribuèrent à élargir le fossé entre la foi et la raison, on voit parfois se manifester des germes précieux de pensée qui, approfondis et développés avec droiture d'esprit et de cœur, peuvent faire découvrir le chemin de la vérité". La Vérité est donc bien contenue dans des thèses intellectuelles, mais elle les dépasse infiniment. Peut-être était-ce le sens de ta phrase ?

Je suis parfaitement d'accord avec toi sur le fait que la foi est d'abord une rencontre et que pour en vivre, il faut davantage que la "prouver". Toutefois, à partir du moment où ceux qui se disent athées prétendent avancer des arguments rationnels, c'est sur ce plan qu'il convient de leur répondre. Par ailleurs, si la foi relève aussi et surtout de la rencontre personnelle, il est logique que cet aspect soit moins mis en avant sur la place publique qu'est Internet. Parce que précisément, c'est personnel. A-t-on envie de raconter au premier venu les moments d'intimité que l'on partage avec son conjoint ou ses meilleurs amis ? On n'écrit pas un article potentiellement lisible par des milliers de gens comme on converse avec une ou deux personnes que l'on a en face de soi. D'où la nécessité de témoigner de sa foi aussi ailleurs que sur la toile. Comme l'a écrit Fabrice Hadjadj dans "La foi des démons", l'annonce évangélique qui se ferait uniquement à coup de moyens médiatiques et technologiques est au témoignage direct et incarné ce que la pornographie est à l'étreinte conjugale. Si tu penses qu'il peut en être autrement, libre à toi d'ouvrir un blog où l'on ferait autre chose que papoter, argumenter et réfuter.

J'en viens à un autre passage de ton commentaire. "D'autre part accuser les athées d'avoir choisi la facilité pour pouvoir mieux se livrer à la débauche, c'est un peu facile, réducteur, voire méprisant, non ?" Il n'est pas question ici d'accuser ni de mépriser qui que ce soit, parce que ceux qui croient en Dieu sont dans le même cas que les autres. Le péché n'est rien d'autre qu'un athéisme pratique coexistant avec une foi morte, c'est-à-dire sans œuvres, purement spéculative : pécher, c'est faire comme si Dieu n'existait pas. Et le chrétien n'est pas un super-héros, ni un stoïcien accompli façon Sénèque ; c'est un pauvre type qui se reconnaît tel et accepte de se laisser sauver par le Christ.

Pour la citation de "La pesanteur et la grâce", on ne voit pas tellement en quoi elle vient purifier le débat. Pourrais-tu l'expliquer ?

Une réponse enfin à ta dernière question. La foi comme conviction absolue existe bien. Certains en ont témoigné jusqu'à la mort. Et l'Eglise, après enquête, les a déclarés "martyrs", autrement dit, "témoins". On les compte par milliers dans l'Histoire. Existe-t-il un phénomène équivalent chez ceux qui se disent athées ?

J'espère avoir répondu à l'ensemble des points qui te posaient question. Si tel n'est pas le cas, n'hésite pas à écrire un nouveau commentaire. A bientôt.

Écrit par : Guillaume | 26/08/2011

J'aime beaucoup argumenter et papoter, je voulais simplement rappeler qu'on ne peut pas se contenter de répondre à l'athéisme par la rhétorique. D'ailleurs l'athée de service avait déjà tout dit.
J'ai cité Simone Weil parce que j'aime son idée selon laquelle il y a une forme d'"athéisme qui est une purification de la notion de Dieu: il faut se vider de la "fausse divinité" qui est en nous, se purifier au préalable de toute fausse idée de Dieu, de toute idolâtrie (ce qui rejoint tes derniers paragraphes). Dieu se manifeste dans son absence même, et dans son caractère inconcevable. Rejeter toute concept de Dieu, c'est avoir conscience qu'on ne peut le définir, c'est une étape de la foi elle même.
D'où ma question sur la foi comme "conviction absolue", car dans mon expérience (et c'est pourquoi cette question est plus qu'une question rhétorique, car elle interroge l'expérience des autres croyants), elle n'est pas un acquis mais toujours un chemin, un mouvement perpétuel de conversion, qui a besoin de se purifier sans cesse en espérant que la grâce vienne au secours de la raison. Je n'interroge pas la capacité du croyant à mourir pour sa foi, mais bien à vivre sans cesse par elle...

Écrit par : la bécasse de service | 27/08/2011

Pourquoi faudrait-il justifier son athéisme ? Et vous, comment justifiez-vous votre croyance ? La tradition ? Parce que vous avez été élevé dedans ? J'en appelle à Gide : "La foi soulève des montagnes ? Oui, des montagnes d'absurdité."
Les religions "modernes" ne sont qu'un syncrétisme des religions antérieures. Pas plus !

Écrit par : Jean-Pierre | 11/03/2013

Exactement les genre d’idee que je me fesait sur les sujet, merci bien pour cet de renom article

Écrit par : pari en ligne | 27/05/2014

Vraiment pratique le dessin de votre blog, on l'aime beaucoup, l'avez-vous susciter vous même ?

Écrit par : pronostic france honduras | 15/06/2014

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